Voyage à Rosette 1999

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Rosette

J'aime bien ce nom de Rosette. Je le trouve bien plus " sympathique " que Rachid, le nom actuel, dont la phonétique est trop dure à mes oreilles. Et puis, nous sommes au bicentenaire de la découverte de la pierre du même nom.

Merci à Jean-Yves et Marie-Do de nous avoir emmenés dans cet endroit. Il est magique à souhait, pas un seul touriste dans la ville.

Nous partons à deux voitures, deux " pijots " ; la notre a déjà roulé quatre millions de kilomètres, et je me demande avec un début de mélancolie ce que deviendra ce pays quand le concept du mouchoir jetable l'aura totalement envahi.

Première étape inattendue, un séjour prolongé de plus d'une heure dans un faubourg d'Alexandrie, coincés dans les embouteillages, parce que le marché local réduisait la bande passante de la longue ligne droite qu'empruntais la route principale. Des voitures dans tous les sens, des demi-tours impromptus, des camions, des animaux (dans les camions), des piétons (à côté des camions, ce qui, dans une attitude intellectuelle proche du savant cosinus, m'illustrait la supériorité de l'un par rapport à l'autre (le lecteur choisira qui est l'un et l'autre)), bref tout ce qui fait le charme de ce pays.

Mais, finalement, une attitude Zen finit par avoir raison du nœud central, et de la route qui se dégage alors devant nous. Route côtière, mais nous ne voyons pas la mer ; il y a encore quelques étangs qui sont intercalés, ces étangs que nous traversons, qui forment un réseau maritime proche des backwaters du sud de l'Inde. Une halte près d'un port de pèche, calme et sérénité nous accompagnent. Mais les palmiers sont beaux, avec leurs dattes entre l'ocre et le rouge, qui font autant de taches de couleurs dans le vert des feuillages. Décidément, cet arbre est magnifique ! ! !

Nous arrivons à Rosette, le Nil est grand, et tout aussi majestueux qu'à Luxor. Quelle sérénité, quelle paix se dégage de ce fleuve. La ville respire quelque chose d'indéfinissable, que je comprends bien vite : elle n'a quasiment aucune tradition touristique (à part Napoléon ? ? ?), et les contacts avec la population n'en sont que plus authentiques, même si je ne sais plus bien ce que signifie ce mot.

Nous débarquons dans le bureau du directeur des antiquités, malheureusement absent (nos aurions eu droit à la tasse de thé…), et son adjoint nous accompagne pour un tour dans la ville.

Deux éléments forts me marquent à Rosette, d'une part les quartiers d'artisans très typés, tel la fabrication des éléments des moucharabiehs, ou bien les forgerons, les vanniers ; et puis ces maisons en brique rouge du XVIIIème siècle. Bien qu'elles soient très belles, je m'y sens très mal à l'aise. Elles sont trop ego-centrées, et tout entières tendues vers l'idée du voyeurisme. Bien sûr, elles permettent de voir l'extérieur sans être vue ; mais même à l'intérieur, des couloirs secrets permettent aux femmes de regarder ce que font leurs maris dans leurs salles, sans être elles-mêmes perçues. Et je ne peux m'empêcher de comparer les moucharabiehs avec la télévision, cet autre regard de voyeurs sur le monde. Cette opinion m'a valu bien des commentaires critiques sur mon manque de subtilité, et mes comparaisons rapides. Bon, je suis fait comme ça, le peu que je sais fut un jour qualifié de " trous dans mon inculture "…

Rosette, l'écolièreNous revenons vers la voiture. On nous sert du coca. Une calèche est stationnée, le cocher a ce regard très doux, si typiquement égyptien. Que nous sommes loins de la felouque de Luxor en 1997, de ce marin si pollué par le tourisme, qui a renégocié le prix en plein milieu du Nil, au mépris de la règle du respect de la parole. On échange peu de mots, surtout des regards. Puis arrive une petite écolière en uniforme brun, au visage tellement curieux et craintif à la fois. Je lui demande en arabe comment elle se nomme, ce qui ajoute à son attirance vers l'étranger que je suis une lueur de panique immense dans ses yeux. Alors, le cocher la rassure avec un geste très paternel, et je fais une belle photo.

La suite du programme s'avère intéressante. D'abord le choix du poisson dans le à-venir restaurant de tout à l'heure ; puis nous montons dans un bateau pour aller visiter une mosquée située à quelques encablures du port de Rosette, vers l'intérieur, sur l'emplacement de la ville antique.

le NilSous un soleil que l'on ne pouvait encore qualifier de plomb, car le vent du Nil nous apportait un élément à la fois humide et rafraîchissant, nous débarquâmes vers un cythère archéologique, puisque derrière la mosquée, simple et belle, habitée de quelques personnages dont je ne saurais jamais le rôle, nous trouvâmes un cimetière de toute beauté, situé sur une colline en sable qui offrait ainsi quelques courbes de niveau dont j'appris alors l'importance extrême pour l'au-delà égyptien, puis, poursuivant notre chemin sous le cagnard qui chauffait sérieusement, le mur byzantin apparût devant nos yeux, hélas trop brûlés par le soleil pour en apprécier la beauté pourtant présente dans cet appareillage de briques rouges qui contrastait avec le vert de la palmeraie, de laquelle l'assistant du sous-directeur des antiquités nous apportait quelques fruits délicieux, que nous mangeâmes au retour, non sans les avoir lavés dans l'eau du Nil, malgré la menace de Bilharose qui se faisait de plus en plus précise.

Un dernier passage au fort de Quait-Bay, celui qui contenait la pierre célèbre, qui rendit illustre un personnage qui fut si longtemps associé à une rue étroite mais bordée des meilleurs cinémas de Paris, d'où nous pûmes admirer au lointain l'embouchure du Nil, de cette branche ouest si belle et pure.

Le restaurant qui s'ensuivit me rassurait sur le grand écart qui existe entre le monde des services américanisé à l'extrême, ou le client est roi même s'il prend bien soin de choisir son poisson à l'avance, et celui de l'Egypte ou le roi est pharaon, et les bouteilles d'eau sont, ô comble de l'ironie sémantique, délivrées au compte-gouttes.

Le retour vers Alexandrie fut, comme tous les retours de moment intenses, une pâle décroissance de la beauté.

Le restaurant de poissons

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