Sedona |
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Il est 6h20 du matin, heure locale à Phœnix Arizona, soit 14h20 à Paris, ce dimanche matin, et je regagne enfin ma chambre, après des moments totalement fous et intenses, délirants et burlesques, simples et compliqués.
Mais partons de vendredi après-midi, ou je m'échappe un moment à la fin de la conférence Novell pour aller explorer quelques quartiers de Phœnix. Par un hasard amusant, je demande à un vendeur de Scottsdale, l'endroit où j'achetais une paire de tennis en soldes, s'il connaissait un bon restaurant; il m'en indique un dans un autre quartier de la ville, Tempe, et me voilà embarqué à traverser tout Phœnix, soit une bagatelle de quelques dizaines de kilomètres. Phœnix, ville gigantesque. Et puis, Tempe se trouve être l'endroit de l'université. Petites boutiques sympathiques, des restaurants branchés, quelques clodos dans la rue, des punks aussi. J'achète pour pas cher un manuel sur le clavecin, et la vie de Prokofiev (traduit du Russe).
Et puis, que vois-je à l'horizon??? Mes yeux ne me trompent pas, une mosquée, dont j'avais repéré le minaret. Une petite mosquée sympathique et discrète, avec quelques faïences de ce bleu si caractéristique de l'art Arabe. Devant la mosquée, quelques barbus discutent, que j'abordent avec un salam aleïkum. Ce sont des étudiants Saoudiens, quasiment tous en PhD. Ils me disent qu'il y a huit mosquées en Arizona. Juste derrière mosquée, il y a une église, sagement rangée, mais vide de gens dedans comme dehors. A côté de la mosquée, deux à trois boutiques et restaurants qui reprennent la faïence, et où la vitrine affiche des fallafels, voir un délicieux "Real Cous-Cous".
Phœnix, ville immense et folle, où l'on voit pousser des citronniers et de orangers, non comestibles, mais où le cactus est roi; où fleurissent les piscines les pelouses et les golfs, mais où une délicieuse pancarte dans ma chambre m'invite à "Help Arizona conserve water". Quelle hypocrisie…
Et puis, je décide finalement de faire une excursion le samedi avec deux collègues, Jean-Luc et Edith, qui rentrent à Paris le dimanche. Un samedi dont je ne sais pas encore qu'il sera hors du commun, et qui se termine seulement maintenant.
En route, direction Sedona. Petite ville mystique, 80 miles au nord de Phœnix, une quarantaine de miles au sud de Flagstaff, que j'avais repérée dans le guide lors de mon voyage du mois d'août, mais où je n'avis pas pu aller. Première étape, Avis, car la voiture de location que j'avais marchait mal. Je tombe sur un sympathique Québécois, qui me la change illico contre une autre, légèrement plus grande. Parfait, la journée s'annonce bien. Autoroute à l'Américaine, déroulant sa circulation dense dans des paysages immenses. Tout comme Las Vegas, tout comme Flagstaff. L'Amérique.
Nous obliquons vers Sedona, et il faut dire que le site est superbe. Des falaises de grès rouge immenses font comme des écrins, une végétation verte et luxuriante donne de la douceur aux lieux. Première halte superbe, la chapelle, construite par Franck Lloyd Wright sur un rocher au pied d'une falaise. Au départ, une femme sculpteur qui voulait une architecture intégrée, et surtout qui voulait louer Dieu avec une architecture moderne. La rencontre avec l'architecte, et le dialogue qui s'ensuivit, a permis à cette Chapelle de voir le jour en 1956. Un petit bijou, une intégration sublime dans le paysage, la croix de la chapelle s'inscrivant magnifiquement dans le roc. Mais surtout, dans celle-ci, une lumière provenant du dehors puissante, l'élévation de cette chapelle sur un roc lui permettant de faire rentrer une vue lointaine et lumineuse des magnifiques falaises de Sedona. Un pendant moderne du théâtre de Delphes. La musique, des chœurs religieux paisibles, aident à faire de cet endroit un immense lieu de concentration et de spiritualité. Aux murs, un des plus beaux chemins de croix que j'ai vu, des simples clous représentant les chiffres romains.

Déjeuner à Flagstaff, dans le café sympathique où j'avais failli dîner en août, alors que j'avais finalement opté pour la pizzeria. Mes collègues veulent voir le meteor crater. Je l'avais déjà vu, mais après tout c'est bien le partage que je privilégiais pour cette promenade. Le meteor crater, toujours égal à lui-même, à ceci près qu'il est jaune au lieu d'être vert. Mais surtout, j'avais repéré une petit route en terre qui quittait le meteor crater vers le sud. Et j'aime les chemins de travers, là où il n'y a personne. Il est tard lorsque nous quittons le lieu, il ne reste plus qu'une heure et demi de lumière. Ceci devrait faire, au vu de la carte.
Et nous voilà sur la piste en terre, au milieu des immenses troupeaux de vaches qui traversent la route de temps en temps. Nous arrivons vers un sympathique petit col entre deux montagnes. Et derrière il faut choisir entre deux routes, la courte mais dont la carte dit qu'elle est très mauvaise, et la longue dont la carte dit juste qu'elle est en gravier. L'œil rivé sur la montre, j'opte pour la courte. Et c'est peu de temps après que Jean-Luc remarque que nous sommes sans téléphone cellulaire dans un coin très sauvage et qu'il ne faut pas trop perdre de temps car l'avion qui les ramène à Paris est à 11h30 le dimanche à Phœnix que j'éclate la transmission sur un rocher. La voiture pisse le liquide, le moteur n'enclenche plus rien, nous sommes définitivement en panne. Il est 17h30, il n'y a plus beaucoup de jour, et il ne reste plus comme solution que de marcher une quinzaine de kilomètres le long de cette route en terre, pour rejoindre une route goudronnée de dernière catégorie.
Deux heures de marche, dans une atmosphère pure et calme, froide sur ce plateau forestier situé à 2100 mètres d'altitude. La nuit s'effondre sur nous, et nous devons redoubler d'efforts pour ne pas perdre de vue le chemin qui se distingue plus qu'il ne se voit, qui se devine plus qu'il ne se distingue, qui se sent plus qu'il ne se devine.
Nous jouons à nous faire peur : et si on rencontre une voiture, c'est louche dans ce coin sauvage, tous les Américains sont armés. Puis la crainte des animaux dans la forêt, les mountain lion, les ours, les serpents. Le clou a vraiment été quand les coyotes ont hurlé dans le lointain. Plus tard, autour du feu de bois devant la belle maison de John, nous apprendrons que les gens du coin sont gentils, qu'il fait trop froid pour les serpents et les scorpions, que les coyotes ont peur de l'homme et qu'il y a un moyenne un mort par an sur tout le territoire Américain par rencontre avec une bête sauvage. Bon, on se console en se disant qu'on s'est fait un petit coup de team building…
On arrive finalement sur la route après deux heures de marche dans la nuit noire. Elle est peu utilisée, cette route de Winslow à nulle part, une voiture toutes les dix minutes. Décision importante : on fait quoi? On arrête la première voiture venue, au risque de recevoir un coup de fusil, de se faire écraser, ou de paniquer le conducteur??? Après trois voitures, on prend le risque, après tout, il n'est que huit heures et demi du soir! On se fait le scénario, à expliquer que notre voiture est en panne, et qu'on doit prévenir des amis qui nous attendent à Flagstaff. On arrête un pick-up, qui fait demi-tour et revient vers nous. Un homme avec un enfant. Ouf! Il nous emmène devant un poste de pompier absolument désert, mais où il y a un téléphone. 911, et quinze minutes plus tard arrive le deputy shérif, un jeune sympathique en diable, qui appelle aussitôt la dépanneuse du coin. Celle-ci accepte de nous ramener à Phoenix, mais ce sera serré dans la cabine (on est trois) et 600 dollars en liquide.
On remarque alors que sur la clé, il y a le numéro d'urgence Avis. On appelle Avis, et la solution devient simple, Avis nous envoie une dépanneuse avec une voiture de rechange, et reprend l'autre. Ca ne sera que le deuxième échange de la journée, m'enfin… On calcule, la dépanneuse part de Phœnix, elle sera donc là à minuit. Terry, le Shérif, nous propose alors d'aller à la party où il était avec des amis. On se retrouve donc devant la maison de John, devant un feu de bois. Ils sont tous policiers à Flagstaff, dont deux pilotes d'avion. Il fait enfin chaud, et ils nous servent bière et surtout une délicieuse soupe aux haricots qui longe très loin!!!
John nous montre sa maison, un magnifique chalet en bois qu'il a construit lui-même, et surtout des poteries Indiennes, et quelques magnifiques têtes de flèches, ramassées dans un endroit superbe, où il y en a beaucoup nous dit-il "ils sont par terre, il n'y a qu'à les ramasser". Cet endroit se trouve être le col qui a marqué la fin de notre voyage en voiture, amusant et rageant à la fois.
Puis vers minuit nous repartons devant le poste de pompiers retrouver la dépanneuse. Terry nous accompagne et nous propose gentiment de rester dans son truck, car il fait froid dehors. Moins cinq très exactement. Comme on est très serré, je fais plutôt les cent pas en attendant la dépanneuse.
Et la dépanneuse arrive, il était temps, il était trois
heures du matin. Un mexicain épuisé, sa femme avec lui, qui accepte de nous
donner la voiture (délivrée sur un plateau), sans reprendre l'autre
immédiatement, car je lui explique que l'autre est dans un endroit un peu
isolé… Echange amusant :
"I am sorry, I don't speak very well english", lui dis-je à 3h30 du
matin, "me too, I am Mexican, same problem".
Et c'est à 6h et quelques minutes que nous rentrons finalement à l'hôtel.