Dimanche 7 octobre 2001 Panamint Springs...

J'ai retenu hier sur Internet un motel dans une des portes d'entrée de la Death Valley. Un peu de surf dans l'hôtel atrocement indifférent qu'était le Confort Inn de Mariposa, mais réserver au dernier moment ne permet pas beaucoup de fantaisie. De toute façon, le premier jour, la première approche, sert toujours à se nettoyer des tensions de la semaine.

Mariposa, j'innove, par Gilroy. Une petite pensée émue pour Steinbeck, pour à l'est d'Eden (remarquable ce titre, quand on connaît les positions géographiques relatives de la Bay area et de la péninsule Arabique)... et je plonge vers la vallée de San Joaquim. Ca sent l'ail à plein nez, je passe au travers des usines!!

La nuit tombe, je traverse la banlieue de Merced, puis Merced elle-même. Les drapeaux Américains sont bien plus nombreux dans ces coins là qu'à Palo Alto!!! D'ailleurs, la télé à Mariposa est bien plus nationaliste, et les Talibans ne sont pas bien traités. On voit une femme se faire tirer une balle dans la nuque. Après tout, les Américains sont bien habitués à voir leur propres exécutions à la télé... D'ailleurs, les pancartes sont bien plus provoquantes. Comme celle qui montre les twin Towers détruites, et l'oncle Sam au-dessus qui dit d'un air vengeur : "tu vas le regretter, connard". Une très grande subtilité.

Et ce matin, je décolle vers 8h. Le trajet est alléchant : montée vers la Yosemite Valley, puis bifurquer à gauche pour aller rattraper la route du Tioga pass. Le début de la route ne s'avère pas très exitant. On passe dans la forêt, on ne voit pas grand chose. Mais lorsqu'on arrive sur le plateau, ça change tout.

Yosemite - Half Dome

Les dômes reviennent, mais surtout il y a une magnifique vue du half-dôme vu de derrière.

Ensuite, c'est la plongée vers le désert, vers le lac Mono. Le Mono Lake n'est pas beau, vu de loin. Vraiment pas beau, pour ne pas dire franchement laid. Mais il se trouve que ce lac salé, très salé, que Marc Twain a appelé "la mer morte de la Californie" (quel génie inventif, ce Marc Twain) se trouve être le siège d'un phénomène amusant de concrétions calcaires salines, qui se forment entièrement sous l'eau, mais qui émergent tout simplement parce que les eaux s'évaporent, et donc le niveau baisse...

Mono Lake

Je reprends la route. Il est 13h, la chaleur est là. Je commence à comrendre la topographie de cet endroit, que j'ai vu plusieurs fois d'avion, dont le vol AF qui m'a amené ici. Derrière le Yosemite, le mono Lake est sur un plateau à 2100 mètres. Ce plateau se termine brusquement en arrivant sur la ville de Bishop, et on se trouve sur le rebord des rocheuses, à 1200 mètres d'altitude. Bishop : un nom amusant, une de ces villes dont on se demande bien ce qui s'y passe.

Ce qui s'y passe, en ce jour de dimanche, c'est que dans le centre ville il y a tous les 3 mètres quelqu'un qui présente une pancarte aux automobilistes. Ces pancartes, portées par une bonne centaine de personnes (même à Bishop, c'est long un centre ville Américain), sont au nombre de quatre. La première dit "Jesus nous aime". La deuxième dit "l'adoption c'est l'amour" la troisième dit "l'avortement c'est le crime" et la quatrième montre tout simplement une photo de foetus, et dit "il est vivant". Des femmes, des enfants, des vieillards, des handicapés, des Mexicains et des blondes Californiennes, portent une de ces quatre pancartes, qui en le présentant de manière aggressive vers les voitures, qui en sirotant son Coca bien assis dans sa chaise pliante. Bishop, quel nom pour une parade dominicale de centre ville sur ce sujet brûlant, tout comme la météo par ailleurs.

La route continue vers le sud, à droite ça grimpe sec vers les sommets. Des sommets entre 3000 et 4000 mètres. Impressionant, grandiose, tout comme le reste. Après Bishop, ma prochaine destination est Lone Pine, où je sais que je dois tourner à gauche pour m'enfoncer vers la Death Valley. Lone Pine, uns surprise : c'est le jour du festival international de films de Western. Je savais que National Monument était un lieu favoris de Westerns. Mais j'ignorais que Lone Pine en était un autre. Sur Alabama Hills, entre Lone Pine et le Mont Hamilton, il y a eu plusieurs lieux de tournage, avec Cary Grant (Gunga Din), Gregory Peck (Yellow Sky), Kirk Douglas (Along the great divide), John Wayne (Tycoon), Errol Flynn (La charge de la brigade légère), Humphrey Bogard (High Sierra) et plus récemment Mel Gibson (Maverick).

Et c'est la surprise! de nombreux habitants de Lone Pine sont habillés comme à l'époque des westerns!!! Il y en a plusieurs dans la rue, j'en interroge un "c'est le festival du film. Et puis, on est plusieurs dans la ville à aimer l'époque des westerns, alors on s'habille comme dans le temps". L'Amérique, constamment en quête d'histoire. "Un peuple sans passé est un peuple sans avenir" m'avait dit un jour Debré, le patron d'Hermes. On construit vite, ici...

Les westerns

(Quand j'ai montré cette photo aux tenancier du motel, ils se sont exclamés "mais on le connaît, c'est un copain qui est cuisinier!!!")

Je roule sur le plateau, toujours à 1200 mètres. Derrière moi, le mont Hamilton, le point culminant des USA hors Alaska, un 4200. Devant moi,je ne sais pas encore comment, la Death Valley, le point le plus bas des USA, -82 mètres. La route est belle, le soleil se couche plus tôt, j'ai roulé vers l'est. C'est très beau.

Le soir est descendu sur Panamint Spring. je suis sur la terrasse du motel. On sent le désert, malgré les quelques voitures qui passent sur la route proche. A part les Bed and Breakfast, les Américains ne savent pas faire en dehors de la route. Une différence culturelle de plus. Les cigales et grillons sont au rendez-vous ainsi que les chauves-souris, innombrables. Nous sommes quelque touristes : beaucoup d'Allemands, quelques Américains. La nuit est pleine d'étoiles, le désert...

La tombée du soir est unique dans le désert, comme une caresse tendre pour effacer la dureté du jour...

panamint springs