Samedi 22 mai

Brasov - 71K Les bonnes surprises sont des événements suffisamment rares pour ne pas les mette en exergue. Je viens de vivre ce moment palpitant, quand une destination qui présentait toutes les apparences pour être quelconque, voire repoussante, se révèle être un petit bijou. Je viens de vivre cela à Brašov, l'ancienne et mythique Kronstatd des Saxons.

C'est avec plein de vague à l'âme que je me suis rendu ce matin à Roissy. Tout départ est pour moi un déchirement, et celui-ci ne fait pas exception. C'est bien connu, en haut de la piste, on se demande ce qu'on y est venu faire, et en bas on reprend le téléphérique pour remonter illico. Mais surtout, je n'étais plus tellement sûr d'aimer être seul en voyage, et ce sentiment me dérangeait énormément.

La journée avait commencé par un gag. L'avion allait s'aligner sur la piste, nous étions sur la dernière bretelle d'accès, lorsqu'un émoi s'empare de l'équipage. Une dame assez âgée, située deux rangs derrière moi, en était la raison. L'hôtesse venait de s'apercevoir que cette dame allait à St Petersbourg. Il est vrai qu'à l'embarquement les portes se côtoyaient ; il est vrai que le personnel aurait dû détecter cela très vite, d'ailleurs le steward a engueulé la pauvre femme "Madame, je vous avais demandé si vous alliez à Bucarest, vous m'avez répondu oui". Mais, comme me l'a expliqué une hôtesse suite à ma question "oui, on avait bien vu qu'il y avait un passager en plus, mais comme on craint avant tout les bombes dans les bagages, on s'inquiète seulement des passagers en moins". Bon, une heure de retard…

Passage de la douane lent mais sans encombre; Dans l'avion j'avais décidé de ma première destination, Brašov. La location de voiture se fait rapidement, le quidam était prévenu, bravo Europcar et surtout bravo Ginette. En sortant de l'aéroport, je prends un jeune couple en stop. Peu de mots sont échangés, il m'indique juste où sont les radars. Je les laisse à Ploešti. Le parfum de la fille était divin, ça fera quelques souvenirs… C'est une morne plaine, déchirée par quelques centrales électrique, des tuyaux de gaz, de la mocheté industrielle. Je pénètre alors les contreforts des Carpates, et la route aurait pu être belle, sans ces panneaux publicitaires qui la contrepointisaient comme des ampoules nues. Berk!!!… Une autre fille prise en stop m'apportait de nouveau un peu de parfum dans cette grisaille, hélas le voyage fut court. Dans les deux cas, on m'a proposé de l'argent. Je savais que le stop était un moyen économique efficace utilisé à grande échelle en Roumanie pour compenser la faiblesse des transports en commun. J'admire au passage cette faculté qu'ont les gens d'optimiser eux-mêmes les ressources, pas besoin d'état pour ça ! Je savais donc que les Roumains payaient les conducteurs. Mais, on a beau savoir : jouer les routards et, pour une fois, de se voir proposer de l'argent, quel gag, quel absurde renversement de situation !

Le climat est très triste au-dessus des Carpates, des gros cumulus font un plafond gris et lourd. Heureusement que, vingt kilomètres avant Brašov, le soleil apparaît. L'entrée de la ville ressemble aux faubourgs de St Petersburg (quel gag). Des immeubles HLMIsants agonisent dans des rues encombrées de trolleybus bringuebalants. Je me décide pour un hôtel, le Coroana. En y arrivant, je suis obligé de laisser ma voiture à cause d'une rue piétonne, laquelle, instantanément, m'évoque un quartier de Prague, près de musée de l'art cubiste. Pourquoi diantre ? L'hôtel est correct, j'ai une chambre spacieuse avec douche pour 744000 lei (environ 320 FF, 2300 lei pour 1 franc).

Brasov Je pars immédiatement pour la découverte de la ville, et brusquement je vais d'enchantements en enchantements. Une petite place très agréable bordée de belles maisons légèrement colorées, une église monumentale mais très aérienne, l'église noire (hélas trop tard pour la visite, et fermée le dimanche, elle a un buffet d'orgue superbe de Buchholz dit le guide), une tour puissante, et des gens qui flânent, papotent, marchent, des amoureux qui déambulent la main dans la main dans le couchant… Alors que j'attendais une ville touristique, vivant sur le ski, sans âme (les tours en hélicoptère…). La magnifique petite porte de Catherine, sur le mur d'enceinte qui séparait les quartiers saxons des quartiers roumains, est très émouvante. Les bois qui surplombent la ville, au pied de l'imposante montagne, sont très agréables.

Et puis, cette impression Pragoise qui continue, qui m'obsède, cette demeure dont les tours ont exactement la même architecture que celles de Prague, ces ruelles aux maisons colorées, sobres bien que légèrement ornementées. Je marche dans les bois qui surplombent la ville, vers le téléphérique. Quelle beauté, ce site encaissé, qui cache les banlieues laides, et cette ville médiévale qui subsiste et rayonne…

Brasov - 65K

La nuit tombe tendrement, je cherche un endroit pour souper, et je m'aperçois bien vite que tous les restaurants abritent des mariages… Que c'est drôle ! On m'explique qu'il faut se marier vite car début août c'est la fête de l'Ascension de la vierge, la dormition comme j'explique à mon hôtelière, et les Orthodoxes (80% de la Roumanie) ne peuvent plus se marier quinze jours auparavant.