Dimanche 23 mai

Biertan village Journée dense, épuisante, riche et intense, comme je les aime, avec l'impression d'avoir vécu cent vies alors que j'ai passé seulement 30 heures en Roumanie.

Le réveil ne fut pas terrible, un mal de crâne intense, un plafond bas, et Brašov qui chante beaucoup moins qu'hier soir. Petit déjeuner amusant, seul dans une salle immense avec huit mètres sous plafond, la salle du restaurant de l'hôtel où se tenait hier un mariage. Décor Stalinien, personnel aimable comme une porte de camp de concentration, et surtout moins efficace, bref je retrouve ce que j'avais vécu en Iraq il y a vingt ans dans le grand hôtel (celui de l'époque) de Bagdad.

Mon itinéraire s'est décidé hier soir : j'irai voir les traces des Saxons en Roumanie. Je sors des faubourgs de Brašov (aussi laids qu'hier en arrivant), et je me dirige vers Sighišoara.

Et c'est la surprise ; dans un environnement agréable, des collines très rondes, vertes, douces, avec quelques traces très anciennes de cultures en terrasse, extrêmement bien entretenues, sont ponctuées de villages charmants, aux maisons typiques avec des toits à pans coupés, des couleurs sobres mais variées, des vieux qui papotent devant leurs portes, le dimanche qui se prépare doucement. Cette architecture typique et cette atmosphère dominicale ne me quitteront plus de la journée.

Je traverse une forêt superbe, toujours très bien entretenue. D'une manière générale, je n'ai pas vu un seul endroit de saleté en Roumanie, ceci est remarquable. Une petite auberge tellement typique m'a tendu les bras, et j'y ai bu un café réparateur. La beauté des bois, la douceur des paysages et des villages ne me lâchera plus jusqu'à Sighišoara.

Superbe arrivée, les tours médiévales découpent le ciel, depuis le bout de montagne sur lequel elles sont construites. Je me parque sur un endroit payant, c'est plus sûr. La montée se fait vers 11h15, et je rencontre la sortie de la messe : des vieux, des petites filles, des notables, toute la vie d'un village, au petit détail près qu'ils parlent tous allemand. L'église est effectivement Luthérienne (l'église orthodoxe moderne et laide, trône en bas dans la vallée, et la vieille église est en haut en réparation). A ma grande surprise, la culture saxonne, par sa langue, résiste fortement au travers de cette minorité. Ceci m'a été confirmé par le gardien du musée, un jeune très agréable avec qui la langue commune se trouve être l'italien…

Une découverte superbe, l'escalier fortifié, me remplit de joie, je monte vers une église en pleine restauration, et un cimetière très romantique en terrasse sur une colline. Je quitte la ville sous le soleil qui s'est bien installé, un soleil qui sent presque les orages d'été, après une légère collation. Direction Sibiu, où j'ai décidé de dormir. Je quitte la route Nationale pour une départementale, toute aussi correcte que les autres routes. Où sont les nids de poule qu'on m'a promis ? Je cherche la bifurcation qui me mènera au village de Biertan, dont l'église fortifiée figure au catalogue mondial de l'UNESCO, lorsqu'une vibration au lointain annonce un événement. Effectivement, au bord de la route se tient le marché aux bestiaux, avec les chevaux qui font des ronds sur des terrains accidentés devant des jurys, des tractations ici et là, des familles entières endimanchées entassées dans des carrioles sur la nationale, qui vont ou qui reviennent de la foire. Un grand moment.

J'arrive au village de Biertan. L'église se voit de loin, et c'est un spectacle magique que de s'en approcher avec les toits de la ville dans la vallée. C'est superbe et indescriptible, un petit joyau, accessible lui aussi par un escalier fortifié, plus restreint mais beaucoup plus beau que l'autre. Par chance je visite l'intérieur de l'église, sans grand cachet. Les tours du dehors sont bien plus belles.

Biertan La ville est calme, presque sans vie. Quelques adolescents désoeuvrent devant la maison de la culture (fermée). Il est 13h30. Je poursuis vers Richis, dont l'église est moins belle, et je décide de poursuivre par une médiocre route en terre à peine marquée sur la carte, un mince filet, afin d'atteindre une route qui me fera gagner une bonne vingtaine de kilomètres, appréciables dans ce pays. Après un moment d'angoisse amusante (la route était tellement mauvaise), j'ai enfin pu raccorder, et aller directement vers Medias, en passant devant une autre belle église, celle de Mosne.

Entre Medias et Sibiu, c'est un paysage moins beau qui se présente, agrémenté de quelques raffineries de pétrole, cimenterie ou autres amusements du même genre. Pire, lorsque j’arrive à un col à trente kilomètres au nord de Sibiu, c'est la bourrasque, la pluie les cumulus, le plafond bas, bref tout un orage qui est collé plus au sud sur les hautes montagnes des Carpates, et qui me tombe dessus. J'arrive néanmoins à Sibiu vers 15h30 après un sommeil de 15 minutes dans la voiture, et une ville grise se présente à moi, des faubourgs ternes, des trous, des travaux, et des camions. J'atteins avec peine l'hôtel que je m'étais fixé, l'"Imparatul Romanilor", seul à être mentionné à la fois dans le GDR et dans le lonely planet. Accueil plutôt froid par une minette qui m'explique qu'elle est embêtée de me donner une chambre, car il y aura la noce ce soir. Ma passivité a fini par avoir raison, et je monte poser mes affaires, pour repartir aussitôt dans les environs de Sibiu.

Direction plein ouest vers le village de Christian, décrit comme merveilleux dans le lonely planet. Bof, on voit bien que celui qui a écrit ça n'a pas vu Biertan. En revanche, lonely planet parlait d'un magnifique musée d'icônes sur verre dans un petit village même pas mentionné sur la carte, Sibiel, que l'on atteint en continuant la route après Orlat. C'est un véritable amusement lorsque j'arrive. Au pied des premières pentes des Carpates, des gens en costume local attendent (quoi??) devant l'église. Le musée est là, et une Roumaine parlant un très bon français m'explique que c'est un prêtre qui, depuis plusieurs années, achète aux paysans de Transylvanie des icônes peintes sur verre. Il y en a 700 dans le musée, dont certaines sont vraiment très belles.

Et puis le gag, mon guide est interrompue par un Roumain, elle m'explique gênée qu'elle va devoir me quitter pour mettre sa tenue de paysanne afin d'accueillir un groupe de Suédois qui arrive en car… Sa tenue est très sobre, raffinée et authentique, elle la tient de sa grand-mère.

En rentrant, sur la route nationale, des camions hongrois et roumains se succèdent interminablement. Je fais un dernier crochet vers les sources thermales de Baile Ocna Sibiuliu. Je ne suis pas sûr d'avoir trouvé le véritable endroit, mais en revanche je suis tombé sur un décor Kitsch d'établissement de bain totalement en ruine, coloré à souhait, dans un style hybride rappelant vaguement les turqueries. C'est totalement irréel.

Le soir, je vaque dans la ville, mais qui a l'air vraiment triste. J'ai beaucoup de mal à trouver un endroit pour boire une bière, tout a l'air fermé (je hais les dimanches) ce sera un en sous-sol à la philharmonie, le café du même nom. Sympathique. Plus tard je chercherai le bar Meridian, situé dans un cinéma et mentionné dans le lonely planet. Le cinéma existe, mais pas de bar… Il est décidément plus facile d'ajouter des informations dans un guide que d'en retrancher, la gestion des connaissances a encore de beaux jours devant elle!!!!

Sibiu - 65K

Demain, la journée sera rude, 270 kilomètres, un impératif catégorique, et je redoute les camions. En revanche, par rapport à mon plan initial (qui consistait à aller voir les portes de fer, i.e. l'endroit où le Danube traverse les Carpates), la télévision m'apprend que tous les ponts entre la Yougoslavie et la Roumanie sur le Danube ont été bombardés, sauf un. Si ça se trouve, je n'aurai même pas pu arriver à destination??? J'ai un peu de regrets tout de même… Bah, ce fut intense!!! Mes étudiants me diront que de toute façon le barrage a tout détruit.