Les jours se suivent sans se ressembler, mais toujours aussi intenses. Aujourd'hui, pour mon vrai plaisir, j'ai utilisé pour communiquer le français, l'anglais, l'allemand et le russe (deux fois). Si l'on ajoute à cela l'italien d'hier (hier qui me semble déjà il y a un mois!!!), voici de quoi frimer un peu sur mes capacités linguistiques.
Lever gris, encore plus qu'hier car au plafond bas s'ajoutait une ville tout de même un peu tristounette. Petit déjeuner avalé rapidement avec un buffet vaguement occidental, mais dans une atmosphère toujours très Stalinienne. Soyons honnête, cela ne me déplaît pas plus que la froideur lisse et aseptisée américaine. Il est 7h30, et je prends la voiture au parking pour aller vers Bucarest. Première partie dans la vallée, vers l'embranchement de Brašov qui passe au pied des Carpates, via Fagaras. Il pleut, et les cumulus très très bas empêchent toute vision vers le haut. Des camions, mais moins que je craignais (il est 8h du matin???), dont certains Autrichiens et même Turcs. Traversée du défilé de la tête rouge, pas très original, nonobstant sa rivière puissante. Ce défilé se situe dans l'endroit le plus élevé de la montagne, et une fois passé, les nuages sont plus hauts, et le soleil apparaît même un peu dans une large vallée. Effectivement, les sommets à plus de 2000 arrêtaient les cumulus côté nord.
Un café avalé dans la halte probablement la plus laide du parcours (c'est pas mon jour), je reprends la route et passe à côté d'une toute petite chapelle orthodoxe, ravissante et attirante. J'y pénètre, et à l'intérieur dans une atmosphère sombre trois moines psalmodient la messe en vieux slavon. La chapelle est décorée de peintures murales superbement restaurées. Pas de photos, la messe et les fresques resteront pour le plaisir multimédia de mes seuls yeux et oreilles…
Un pont, et un panneau sur la gauche en roumain "Monastère de Turnu", nous sommes peu avant Cozia. Pris d'une subite et incompréhensible envie, je tourne, et par un chemin de terre qui longe la rivière, je remonte vers ce monastère. Un petit paradis, quelques moines (de quoi vivent-ils??) une babouchka très sympathique. Le moine qui m'accueille ne parle que roumain, et pour lui expliquer en deux mots qui j'étais, ce que je faisais en Roumanie, depuis combien de temps, il a fallu trouver un moine qui parlait le russe. C'est dans cette langue que j'échange quelques mots.
Après un bol de lait avec du fromage et du pain, je visite rapidement l'église en pleine restauration. Les fresques ne sont pas sèches, et c'est un superbe travail qui m'est donné de voir. En reprenant la route nationale, je longe le monastère de Sta Cozia depuis l'autre rive. Il a l'air superbe, mais étant situé près de la route principale (j'avais pris la déviation pour camions) il doit être bien plus touristique. Il est d'ailleurs classé monument historique, la visite sera pour une autre fois. Plus tard, mes étudiants de Bucarest me le feront regretter.
Le voyage se termine, du moins dans cette partie touristique. Maria Nicolescu m'appelle sur mon GSM pour me dire que je dois intervenir aujourd'hui à Ploiesti. Elle m'apprendra plus tard que je n'ai rien à regretter sur mon itinéraire, car la célèbre sculpture de Brancusi située à Tircu Jiu est en pleine réfection. Décidément les dieux ont été avec moi!!! Traversée de Rimnicu Vilcea, puis au travers de jolis paysages collineux, je me dirige (sous la pluie) vers Pitesti où commence l'autoroute pour Bucarest. L'habitat a totalement changé, et je ne sais pourquoi, par ses maisons carrées aux toits en tuile rouge, m'évoque les abords des grands lacs italiens, lorsque j'allais régulièrement à Ispra (tanto anni fa…)
Traversée Fellinienne de Pitesti, ou plutôt son périphérique, une voie qui évoque successivement une petite départementale, les pavés du Paris Roubaix, les abords du périphérique du côté des puces de St-Ouen, et Sarcelles. L'autoroute commence mal: une voie en travaux. Vais-je faire 110km sur une seule voie, celle de gauche qui plus est?? Heureusement, au bout de 20 kilomètres je réintègre ma voie de droite, seulement l'autre côté en fait de même. Et ainsi de suite tous les vingt kilomètres. Ce ne sera qu'aux faubourgs de Bucarest que l'autoroute devient vraie, avec deux voies d'un côté et deux de l'autre… Bah, ça ne m'a pas empêché de faire du 100 de moyenne.
Arrivée terrible dans Bucarest, je suis je ne sais pourquoi un peu perdu (les cartes que j'ai à ma disposition ne sont pas terribles, et mon gyroscope intérieur est fatigué), je passe trop vite un carrefour où traversent des piétons, et cette attitude à la parisienne me vaut d'être arrêté par la voiture de police qui était à ma gauche. Je sais, le lecteur potentiel de ces lignes me dira que je n'avais qu'à faire attention aux policiers. Soyons honnête, je le savais, et je voulais inconsciemment tester la dureté de celle-ci. J'ai joué à l'innocent parfait (faire l'idiot est un état naturel) et finalement le policier qui parlait le français s'est contenté de m'admonester sur le thème "faites attention aux piétons". D'ailleurs, je suis assez admiratif de la conduite généralement prudente vis-à-vis des piétons, en Roumanie.
Un peu de trouble pour trouver où rendre la voiture, et trouver l'INDE (qui est situé en plein centre ville, quelle bonne nouvelle), je discute avec la directrice Maria Niculescu qui m'apprend que ce sera un jour à Ploesti et trois à Bucarest (et non deux et deux), ce qui va me forcer à revoir mon enseignement, puis une voiture m'emmène vers l'Institut du gaz et du pétrole de Ploesti via des faubourgs de Bucarest qui commencent petit à petit à me séduire, et je trouve mes cinq étudiants. Mon baratin est mauvais: trop condensé, et surtout je surestime leur capacité à comprendre un français parlé vite (l'un deux m'a dit "en anglais vous auriez parlé plus lentement). Bon, il va me falloir plus travailler l'écoute pour la suite, ça me fera du bien.
Je loge dans un appartement situé dans l'institut, c'est agréable et sympathique. Une grande chambre, une antichambre, une salle de bain, on ne peut mieux rêver. Le soir je mange un stroganoff dans le bistrot Atheneu. Deux jolies filles jouent du violon, ce que j'identifie être des quatuors de Mozart dont ceux dédiés à Haydn, et elles jouent également un quatuor inconnu dont je parierai que c'est de Haydn (j'ai gagné). L'une, physiquement et dans son attitude vers son violon, ressemble vraiment à Jennifer, mais aux cheveux courts. A la sortie je lui demande confirmation du programme. Après quelques ajustements linguistiques (je lui propose l'anglais, le français, l'allemand, elle me répond finalement par le russe), elle me dit qu'elle est russe et qu'elle habite depuis neuf ans à Bucarest où elle travaille à la philharmonique. Puis, après ce délicieux échange ou le russe m'est agréablement revenu aux lèvres, son taxi l'emmène bien vite vers l'horizon de mon oubli.
Au lit!!!