lundi 6 décembre 1999
Le jour du départ de Krabi pour Bangkok. Avion à 16h à Phuket, départ en taxi collectif à 12h30 de l'hôtel, 900 baths par personne; une situation qui ne me plaisait guère. Je ne me voyais pas étalant ma grasse bedaine sur la plage de l'Andaman resort, certes sauvage, mais pas extraordinairement belle.
Et puis, même si le GDR en était critique, je lorgnais les célèbres falaises de Phrang Gna, qui se trouvaient justement sur le chemin de l'aéroport… Une petite digression sur le GDR ça me fait mal de dire, moi qui suis un fidèle de ce guide célèbre depuis 1975, qu'il vieillit très mal. Je le sens écartelé entre le diachronique et le synchronique, entre les routards actuels de 18 ans, et ceux qui avaient 18 ans en 1970. Je le sens désabusé, impuissant face à la montée du tourisme de masse "Les routards ont découvert Phuket, et Phuket leur rend mal". C'est larmoyant, mais ce n'est pas très utile. Et puis, surtout, les informations deviennent mauvaises, incomplètes, contradictoires, partiales et partielles, quand ce n'est pas, et je l'ai constaté, du simple copiage d'un autre guide. D'un autre guide qui, lui, est plus à l'aise, qui monte, et qui est de plus en plus traduit en Français, le lonely planet. Ce dernier est plus complet, plus riche, plus approfondi, et plus à jour, avec des photos très belles, et des articles culturels très denses, allant à l'essentiel en quelques lignes, et son serveur internet est bien plus riche. Cela fait quatre voyages maintenant où j'ai les deux : la Roumanie, l'Inde, le Grand Canyon et la Thaïlande. Vive le changement !!
Je négocie donc à l'hôtel un taxi pour l'aéroport, un peu plus cher (2500 baths), avec une halte pour aller visiter la baie. Ce sera 3000 bath, cher, mais ce serait dommage de rater cette belle balade. A 8h pile, le taxi arrive devant l'hôtel, bye l'Andaman, et sa chambre hexagonale. Par des chemins de traverses qui longent de très belles falaises, nous rejoignons la nationale. Les villages musulmans se succèdent, dans les rues les garçons portent la toque blanche et la galabiah , et les petites filles le voile. Nous passons devant une école Coranique. Les routes sont propres, bien entretenues, comme nous sommes loin (et pourtant si proche) de l'Inde.
Arrivé à Phang Nga, au terminus des bateaux. Une femme nous bondit dessus, Et nous annonce 1500 baths pour nous deux. L'hôtel m'avait dit 600 baths par personne. J'obtiendrait 1300 baths, et le chauffeur du taxi vient avec nous. Un long tail boat de 8 mètres rien que pour nous, quel luxe!!!
La ville de Phang Nga est loin dans les terres, et nous commençons par trois quarts d'heure sur le bras de mer qui rentre profond dans les terres. Le paysage est déjà très beau, une mangrove riche et épaisse, et puis déjà des falaises immenses qui jouxtent la mer. Première beauté, un trou dans une falaise pile au raz de l'eau qui nous permet de la traverser. C'est magique à souhait.
Nous arrivons dans la rade, et cela se sent brusquement, car la mer devient plus agitée. Il y a des nuages encore, et du vent, et donc de la houle. La long tail boat prend des claques en bondissant sur les vagues, et nous ne sommes pas loin d'être trempés. Traversée dans ces paysages toujours aussi magnifiques jusqu'à une île avec un débarcadère. La fameuse île dite "James Bond", parce qu'un tel film y fût tourné. Quelle horreur, un site d'une beauté remarquable, une petite plage sympa, une colonne de karst étroite et haute, célèbre, trône devant la plage, des grottes magnifiques parcourent l'île, et gift shop se succèdent aux gift shops, recevant des cohortes touristiques montantes et descendantes. Je prend un pari gonflé, de photographier pour une fois la vérité. Que seront les photos??? Mais out ça, plus 20 baths à payer parce que "Parc Naturel", c'est un peu trop pour moi. Je fuis rapidement. Ils apprennent vite des Américains…
Autre traversée d'une grotte permettant le passage d'une falaise, et derrière il y a un bateau de location de canoës. Manifestement, une grotte encore plus basse donne accès à une de ces "cours intérieures" si caractéristiques de ces reliefs karstiques. Ce sera pour la prochaine fois.
Et puis, j'aperçois au loin une ville, qui se révèle être sur pilotis à mesure de mon avancée. Une ville adossée à la montagne, avec une mosquée. L'île de PanYee, une ville musulmane entièrement sur pilotis, sauf la mosquée qui est érigée sur le seul coin de terre ferme, dix mètres sur dix. Une ville fascinante, un véritable souk proposant les horreurs habituels qu'achètent les touristes peu exigeants, avec une atmosphère qui rappèle vraiment les souks arabes, mais surtout ces maisons ouvertes, qui nous offrent sans pudeur véritable la vie prequ'intime des habitants, c'est très étrange. Et puis ce muezzin, à la voie très mélodieuse, qui m'évoque instantanément celui de la mosquée proche de l'IFAO au Caire. Mais nous sommes au sud de la thaï lande, c'est beau et impressionnant à la fois. Déjeuner dans un des cinq mini-méga restaurant de l'île, conçus et malheureusement je le vérifierai pour accueillir les mêmes hordes de touristes, car c'est un passage obligé des tours opérators. Nous mangeons des shrimps, buvons du coca et offrons du coca au chauffeur de taxi et au marin. 340 baths : j'aimerai savoir si le resto se fait une plus grosse marge sur nous que sur les troupeaux. Probablement oui.
Ah, le tourisme de masse.