Le train vient de passer en sifflant, hurlant de ses trompettes puissantes en contrepoint à la cloche du passage à niveau qui tinte allègrement. Ce n'est pas du cinéma (ce qui est rare aux Etats-Unis), c'est un vrai train, quatre locomotives diesel, cent quatorze wagons, qui transporte des marchandises. Et il y en a plus d'une dizaine par heure.
Je suis donc à Flagstaff, Arizona, la première étape de mon voyage en solitaire de quatre jours, dont le point d'orgue, le but ultime, doit être le grand canyon. Un voyage qui a subi bien des modifications, depuis l'idée initiale d'aller à Santa-Fe voir ce qu'est la complexité.
La journée a été plutôt rude. Rendez-vous à 7 heures avec Eric et Claude dans le lobby de l'hôtel de San Francisco, puisqu'ils m'avaient si gentiment proposé de m'emmener à l'aéroport pour prendre le vol United de 8h28 direction Las Vegas, lieu de départ de tout ce qui concerne les canyons. Une presque-redite de 1994 en quelque sorte, où j'avais aussi fait San Francisco Las Vegas, et loué une voiture pour aller aux deux magnifiques canyons de Zion et de Bryce, alors que Bernard et Florence me suivaient trois semaines plus tard pour aller au grand canyon.
Je m'endors déjà dans l'avion, la fatigue cumulée de cette si riche et si belle semaine, le décalage horaire et les nuits courtes, m'ont littéralement mis sur les genoux. Pourtant la dernière soirée à San Francisco fut si belle, les twin-peaks et le Delancey Street café où nous avons tous échangé tant d'impressions…

Las Vegas est toujours aussi fascinante de jour, les immeubles sous le soleil de plomb (il fait 32°) ont des couleurs magiques qui se détachent telles des pierres précieuses sur le brun des montagnes avoisinantes. La voiture de location m'attend, avec une mauvaise surprise, le prix qu'on m'avait annoncé était hors assurance; ça double…
J'attaque la route de Flagstaff. Premier point touristique intéressant, le barrage Hoover, sur la rivière Colorado. Dans un site encaissé sublime, un barrage très puissant surplombe de haut des gorges étroites. Sur le barrage, la route véhicule d'énormes camions américains, si typiques, ainsi que plusieurs mobile-home dont certaines, énormes, traînaient derrière elles une voiture particulière. Les Etats-Unis ! ! !
La route monte en altitude, et la végétation apparaît mystérieusement. Après les roches nues de Las Vegas, on voit quelques graminées, puis une steppe plus dense, et enfin des conifères nombreux. Sur le chemin, on voit au loin des zones habitées, mi camp de réfugié, mi camping caravaning. Des réserves d'indiens? Oui, des maisons pauvres ou des mobile-home.
Ce voyage fût éprouvant, plus de cinq heures où j'ai failli plusieurs fois m'endormir au volant sous une chaleur épouvantable, et j'ai été obligé par trois fois de m'arrêter pour fermer les yeux tellement la route dansait devant moi.
Une petite halte dans un café,
perdu en plein milieu de l'autoroute. Autour, des mobile-home, des Indiens y habitent. Ca ne respire pas le luxe...
Flagstaff est une petite bourgade sympathique, trois blocks sur quatre qui sont animés avec des constructions en brique sympas. Mon hôtel est décevant, j'ai une chambre de luxe (ah, Internet…) un peu chère; m'enfin, pour dormir…
Après un petit tour en dehors de la ville, dont un amusant musée des pionniers avec une belle locomotive, je me projette dans une pizza, où je retrouve ce principe américain florissant dans les pizzerias à Washington en 1978, qui consiste à choisir la taille et le nombre de "topping". Une famille de français arrive, la fifille et le fifils vers les 14 -16 ans, le père aux cheveux longs style soixante-huitard attardé, et la mère qui déclare en plein milieu de la lecture du menu "on aurait dû apprendre plus d'Anglais".
La ville est remplie de bars avec de la musique live, qui commence malheureusement à 22 heures. Tant pis… Dans un square, il y a des musiciens qui chantent, lorsque j'arrive, " couleur, café, moi j'aime la couleur café ". Je passe par plusieurs boutiques, de style baba-cool, odeur d'encens, musique new age, cartes postales romantiques, statues indiennes et africaines. Dans la rue, je croise un illuminé habillé en Antéchrist, et deux jeunes qui fument un joint.
Mais de toute façons, c'est écrire que je voulais, et puisque le sommeil m'empêche d'aller plus loin, je vais télécharger ce fichier et m'en vais au lit!!!